La Biographie de Sandra, 2004, Editions ONE STAR PRESS.


J'étais vendeuse dans une boutique de gadget, dans un centre commercial de Paris.
Je ne voyais pas le couleur du ciel, je ne sentais pas la vrai température de la journée. Je suis exposée à la lumière des spots chaleureux et à la climatisation de 22 degrés, du matin au soir, été comme hiver.
Les clients sont plutôt sympathiques, ils entrent, je dis bonjour; ils font un tour, je les encaisse. Ça arrive qu'il n'y a pas un chat pendant des heures. On consomme en générale 10 disques musicaux par jour. On regard la porte, on attend, on ne fait rien l'autre.
La boutique en face vend des bijoux, des faux bijoux, j'en ai acheté quelques fois, elles m'ont fait un prix. J'ai fait la même chose quand elles sont venus chez nous. Le magasin à notre gauche vend des vêtements classiques, je n'y suis allée que pour changer de la monnaie ou pour chercher Nikita. Celui qui est à droite, je n'y vais jamais, il vend des objets de la cuisine.
Ma responsable aime beaucoup Laurent Voulzy, les vendeuses de la boutique gauche aussi, on connaît tous par cœur son dernier album. Souvent après la fermeture, elles venaient prendre l'apéro et nous l'écoutions ensemble, enfin moi je fesais la caisse. Elles ont l'air d'avoir le même âge. Eva a une fille de 20 ans, maquilleuse, plein de tatouages et de piecings. Chantal chante et danse quand c'est "Amelie ...." qui passe, sa chanson préférée. Elle vivait seule, je ne l'ai pas revu depuis la fermeture, un soir dont personne ne se souvient la date. On s'est dit au-revoir, et elle a été paralysée pendant la nuit, ça va faire plus d'un an. Et mon chef Sophie avait un enfant, Gil, il est mort d'un cancer. Elle a beaucoup pleuré ces jours-là.
Je fesais ce trajet tout les jours: Ligne 13 La Fourche, métro dernier wagon, La Gare St Lazare Ligne 12 direction Mairie d'Issy, deuxième wagon, troisième porte, Madeleine sortie Rue Truffaut. Dans le passage de la correspondance station St Lazare, il y a un aveugle avec un chien loup, il a un petit poste de musique. Quand quelqu'un lui donne une piece, il dit fort "merci, merci, merci..." longtemps après que la personne soit parti très loin. Comme s'il disait merci aux voyageurs suivant et suivant, qui ne lui ont rien donné.
Midi mon collègue Thibert amène à manger, des plats antillais qu'il a cuisiné lui même. Maintenant il ne boit plus, à l'époque il ramenait du rhum, on boit souvent un coup après le boulot. Je mangais au petit chinois de la rue Vignaux ou au japonais vers Opera. Il y a beaucoup de touristes dans ce quartier, qui ont l'air heureux, même sous la pluie. Je croisais souvent des touristes qui viennent de mon pays en allant au japonais, ils vont au grand Duty Free qui se trouve sur le chemin. Je trace. Je ne me suis jamais arrêté pour leurs parler. Je fais comme si je suis une étrangère.
Au passage du franc à l'euro c'était de la folie. J'encaissais les franc et je rendait la monnaie en euro. C'est mieux de payer par carte bleu, je fais moins d'erreur. Tout le monde a trouvé moche la nouvelle monnaie. Il y a des gens qui commence à collectionner les pieces de différents pays. Il fesait froid. C'etait en janvier. J'ai commencé a collectioner les franc.
Gil est mort cette année là. Je ne suis pas allé à son enterrement, je gardais la boutique. Il avait une grande voix lui aussi, j'ai eu très peur les premiers jours quand j'ai débuté ici. Parce que il parlait tellement fort je croyais qu'il m'engueuler.
Le moment le plus dur c'est Noël. Trop de monde dans le magasin, il faut aller vite, servir les clients, et faire des paquets cadeaux, en plus on doit surveiller les vols et garder notre bonne humeur. Nous avons des tenues spéciales pour les fêtes, mon premier Noël on portait des chapeaux taches de vache, et la deuxième année on a des ailles d'anges sur notre dos. Enfin la dernière année c'était le t-shirt La Vie est Belle.
Une fois Doc Gyneco a failli entrer dans la boutique! Lui et ses copains en train de regarder notre vitrine, après il s'arrête devant la porte, il m'a regardé, et en croisant son regarde, j'ai presque crié: "c'est...c'est..." d'un coup le blanc je ne souviens pas de son nom! Il m'a donné un sourire, et il est parti. Mes collègues se retourne et me demande: Qui c'est? J'ai dit, enfin: "Doc Gyneco! Vous n'avez pas vu? - Non, où ça?" Deux minutes après, Eva est venue. "Alors qu'est-ce qu'il vous a acheté Doc Gyneco?"
Comme il pleuvait beaucoup, j'ai acheté notre nouveauté: Le parapluie Chat, de couleur noir, avec les petits pattes de chat bleu imprimées sur la toile. Il est de grande dimension, c'est pour les grosses pluies. Je suis allé chercher Gil à la station Madeleine avec ce parapluie une fois on a fait le réunion du travail avant les fêtes dans un bistro à côté. Les gens qui attendaient que la pluie cesse, se serraient à la sortie, ils regardaient tous le ciel. Gil, en manteau gris, était debout parmi eux.
Sandra est arrivée à la boutique un mois avant mon départ.
La Gare du Nord, dans le train direction banlieue parisienne, l'atmosphère est comme celle d'un pays étranger. Les maisons, les plantes, les voyageurs, les couleurs du paysage, je les regardais à travers la fenêtre avec une certaine distance. C'était un jour d'hiver très glacial, il y a partout de la neige, tout est blanc et l'air me pique les yeux, je suis allée chez elle. Elle m'a montré sa biographie et ses photographies.
Sur le mur tapissé de bambou est accroché une épée de samurai. Elle rêve tant d'aller au Canada. Le froid la fascine, les animaux aussi. J'ai remarqué qu'il y a beaucoup d'éléments ou sont représentés des Huskys dans la maison. Elle m'a servi une assiette de frites avec du ketchup, son lapin Titi est assit à côté de moi sur le canapé. Sandra n'a jamais pris l'avion.
Son mari qui collectionne les miniatures de voiture, est responsable d'un rayon d'électroménager dans une grand surface. Leur photo de mariage, grand format, est accrochée au-dessus du canapé, ils sont tout les deux debout à côté d'un bel arbre. C'était un jour l'été.
Lorsque j'ai fini la lecture de sa biographie, l'assiette de frites aussi. J'ai pensais tout de suite que je devais acheter une friteuse comme la sienne, c'était bon. Pourtant c'était congelé, disait Sandra.
Elle m'a raccompagné un bout de chemin. Deux jeunes jouaient au foot. Elle était en arrêt de maladie, mais elle pensait qu'elle ne pourrait plus retourner au travail. Un scooter a passé à côté de nous, il y avait encore du blanc de neige sur le sol. J'ai regardé ma montre: j'ai dit qu'il était tard, et que j'allait rater mon train. Je l'ai quitté, et j'ai commencé à courir.
En plein centre d'une capitale.
Je n'ai pas de photo du centre, ils ont refait la peinture et le décoration. Sophie, son cocker Nikita, et Eva travaillent toujours là aujourd'hui. Chantal ne va toujours pas mieux. Le rapeur Thibert continue d'écrire ses chansons. Sandra est allé voir le dernier concert de Lara Fabian en face, à l'Olympia. Et moi j'ai déménagé à Guy Moquêt. Non ce n'est pas loin du tout tout ça.

Hsia-Fei Chang